đïž Troubles alimentaires 2/2 : comment accompagner au mieux les ados touchĂ©s
Bonus Podcast LE PASSAGE #11
Hello,
Bienvenue dans le bonus podcast, lâĂ©dition 100% gratuite en lien avec la sortie dâun Ă©pisode du podcast LE PASSAGE.
On poursuit aujourdâhui notre dossier sur les troubles des conduites alimentaires (ou TCA) â avec cette seconde partie sur la prise en charge.
En fin de dossier, nous avons tenu Ă vous donner des tips pour ceux dont les enfants nâont pas forcĂ©ment de relation compliquĂ©e Ă lâalimentation, car vous verrez, les statistiques nous prouvent que câest bien lâaffaire de tous, et quâil faut lever ce tabou.
Dans lâĂ©pisode prĂ©cĂ©dent, avec la Dre Camille Ringot, on a parlĂ© de repĂ©rage, de signes dâalerte et facteurs de vulnĂ©rabilitĂ©s.
Si ce nâest pas fait, nâhĂ©sitez pas Ă aller voir : nous vous donnons dĂ©jĂ des pistes Ă lire ici (bonus podcast). Il y a Ă©galement lâĂ©pisode de Podcast Ă Ă©couter lĂ ou Ă regarder juste ici.
Mais quand les troubles sont installĂ©s âon fait quoi ?â
On y rĂ©pond cette fois avec le Dr Hugo Agustin Saoudi, psychiatre spĂ©cialisĂ© dans les TCA, que vous connaissez peut-ĂȘtre sous le nom de @dr.ment_ali sur Instagram et YouTube. Il accompagne chaque jour des adolescents, des jeunes adultes et leurs familles sur ce chemin de soin souvent long, exigeant, mais porteur dâespoir.
Ce dossier, Ă©crit avec rigueur et humanitĂ©, vous aidera je le souhaite Ă comprendre le soin sans peur, Ă agir sans prĂ©cipitation, et Ă accompagner sans culpabilitĂ©. đ Merci Ă lui pour son aide prĂ©cieuse.
Je vous rappelle que tous ces dossiers Bonus Podcast sont accessibles gratuitement toutes les 2 semaines, grĂące aux abonnements payants. Merci Ă ceux qui soutiennent, partagent, parlent autour dâeux de notre travail. Cette newsletter se veut avant tout humaine et indĂ©pendante. Merci đ
đ€Ź Les TCA vĂ©ritable problĂšme de santĂ© publique
Les TCA ne sont pas des phĂ©nomĂšnes rares ou passagers. Les statistiques mondiales tĂ©moignent dâune rĂ©alitĂ© prĂ©occupante et confirment quâil sâagit dâun enjeu majeur de santĂ© publique.
Les TCA touchent 2 % Ă 5 % de la population mondiale au cours de la vie.
En France câest prĂšs dâ1 million de personnes !
Ils affectent majoritairement les femmes : on observe, par exemple, 12 femmes pour 1 homme touchĂ© par lâanorexie mentale, 5 femme pour 1 homme touchĂ© par la boulimie et 3 femme pour 1 homme pour lâhyperphagie boulimique.
Il y a un pic de frĂ©quence Ă lâadolescence, vous vous en doutez.
Mais ces chiffres sont trompeurs et évoluent avec le temps, en lien avec un meilleur repérage par le corps médical et une évolution de la maniÚre de voir par la population générale !
đ§ Quand les troubles sont lĂ , comment sây prendre ?
Ouvrir la parole est le tout premier pas vers lâamĂ©lioration. Parler de notre inquiĂ©tude, Ă©voquer ce qui a changĂ© dans le comportement de notre ado et qui fait peur.
Notre inquiĂ©tude peut parfois gĂ©nĂ©rer des rĂ©actions ou des paroles maladroites, malgrĂ© toute notre bonne volontĂ©. Câest clairement pas simple dâaborder la question !
đœïž Choisir le bon moment
Si notre ado est en difficultĂ© avec lâalimentation, mieux vaut Ă©viter dâen parler pendant le repas.
On privilĂ©gie un moment calme, oĂč chacun est disponible pour une vraie discussion.
đ€ Garder lâesprit ouvert
La conversation peut vite faire remonter des Ă©motions fortes : de lâincomprĂ©hension, de la peur, parfois de la colĂšre.
Câest normal, ces sujets sont intimes, et ils nous touchent profondĂ©ment en tant que parents.
đŁïž Parler de nos Ă©motions plutĂŽt que du comportement de notre ado
Au lieu de : « Tu vois bien que tu ne manges rien ! », on peut dire : « Tu sais, je suis inquiet(e) pour toi.
Jâai remarquĂ© certaines choses ces derniers temps, et jâaimerais quâon en parle. »
Cette formulation évite le reproche et ouvre le dialogue.
đ€ Se rappeler que nous ne sommes pas le problĂšme
MĂȘme si câest douloureux, ce que vit notre ado relĂšve dâune vraie souffrance, pas dâune faute parentale.
Culpabiliser ne sert Ă rien : le trouble vient de multiples facteurs. Notre rĂŽle est dâĂȘtre prĂ©sent, dâĂ©couter, de soutenir.
âïž Ătre force de proposition
Le déni est fréquent au début des TCA : notre jeune peut ne pas percevoir la gravité de la situation.
Proposons un accompagnement, suggérons une rencontre avec un professionnel, accompagnons-le si besoin.
Et si la santĂ© est en danger, nous pouvons aussi dĂ©cider dâagir.
Notre rÎle reste essentiel : notre présence, notre patience et notre confiance font partie du soin.
âAlors Ă qui demander de lâaide ?
(voir aussi les tips du bonus podcast précédent 1/2 Troubles alimentaires : comprendre pour mieux aider nos ados)
Le mĂ©decin traitant reste la porte dâentrĂ©e principale pour Ă©valuer la situation et orienter vers les bons interlocuteurs : il est souvent nĂ©cessaire dâĂȘtre adressĂ© Ă des spĂ©cialistes des troubles du comportement alimentaire.
Ces professionnels travaillent au sein de structures dédiées : hÎpitaux de jour, unités TCA, centres de soins psychiatriques ou pluridisciplinaires.
đ©ș Lâannuaire de la FFAB (FĂ©dĂ©ration Française Anorexie Boulimie) rĂ©pertorie ces lieux de rĂ©fĂ©rence partout en France.
Câest un outil prĂ©cieux pour identifier les Ă©quipes formĂ©es aux TCA dans votre rĂ©gion, quâil sâagisse dâune premiĂšre prise en charge ou dâun accompagnement plus intensif.
đ§ Comment se passe lâarrivĂ©e dans les soins ?
Entrer dans les soins, câest parfois effrayant.
Mais câest souvent le dĂ©but dâun apaisement.
Câest pas un tunnel, câest un chemin, lent, souvent sinueux, mais qui mĂšne vers la vie qui reprend sa place.
đ„ Ăa fait peur, et câest normal :
Pour le jeune, parce quâil redoute quâon âle force Ă mangerâ ou quâon parle de lui sans lui.
Pour les parents, parce quâils craignent un diagnostic lourd, une hospitalisation, ou dâavoir âratĂ© quelque choseâ.
Ces Ă©motions ne doivent pas ĂȘtre des obstacles au soin : elles font partie du processus.
Lâimportant, câest dâen parler, dâexprimer ses inquiĂ©tudes, et de comprendre que les soins ne sont pas une punition, mais une mise Ă lâabri thĂ©rapeutique.
đ§ Le soin spĂ©cifique : psychiatrique, somatique et nutritionnel
La prise en charge des TCA repose sur 4 piliers complémentaires :
Le suivi psychologique/psychiatrique, qui explore les causes profondes du trouble : lâanxiĂ©tĂ©, le besoin de contrĂŽle, la peur de grandir, le rapport Ă soi.
Câest le temps de la psychothĂ©rapie, du lien de confiance, et de lâexpression des Ă©motions.
Une thĂ©rapie familiale peut-ĂȘtre proposĂ©e pour une meilleure comprĂ©hension des rĂŽles de chaque membre de la famille, ou des TCC (ThĂ©rapies Comportementales et Cognitives).
Le suivi est toujours personnalisĂ© avec par exemple avec de lâhypnose ou de lâEMDR, en cas de traumatisme.
Les traitements mĂ©dicamenteux : Il peut y avoir la mise en place de traitements contre lâanxiĂ©tĂ© ou contre les compulsions alimentaires (antidĂ©presseur) par exemple.
Le suivi somatique, qui assure la sécurité médicale : surveillance du poids, du rythme cardiaque, de la tension, des bilans biologiques, radiologiques au besoin.
Le corps peut souffrir, parfois sans symptĂŽmes visibles, ce suivi est donc essentiel.Lâaccompagnement nutritionnel, menĂ©e par un(e) diĂ©tĂ©ticien(ne) formĂ©(e) aux TCA, qui aide Ă rĂ©introduire les aliments progressivement, Ă apaiser la peur de manger et Ă reconstruire une relation sereine Ă lâalimentation.
đĄ Câest quoi des soins âcompletsâ ?
Des soins âcompletsâ, câest avant tout une prise en charge pluridisciplinaire et coordonnĂ©e : psychiatre, psychologue, mĂ©decin traitant, nutritionniste, infirmier(e), parfois Ă©ducateur ou enseignant rĂ©fĂ©rent.
Chaque professionnel a une place, mais le fil conducteur reste le projet de soin du jeune â construit avec lui et sa famille.
Le travail ne consiste pas seulement Ă âremangerâ : il sâagit de retrouver un Ă©quilibre Ă©motionnel, relationnel et corporel.
đ„ Le besoin Ă©ventuel dâhospitalisation
Lâhospitalisation peut ĂȘtre proposĂ©e quand :
la santé physique est en danger (dénutrition, malaise, troubles du rythme, épuisement)
la souffrance psychique est trop forte pour ĂȘtre gĂ©rĂ©e Ă domicile
ou que la famille est Ă©puisĂ©e, et quâun cadre extĂ©rieur devient nĂ©cessaire.
Certaines hospitalisations sont brĂšves, dâautres plus longues, selon les besoins.
Câest ni un Ă©chec, ni une rupture : câest un sas de soin qui permet de stabiliser, de sĂ©curiser, et de redonner de la force Ă tout le monde.
đ± Parmi les suivis complĂ©mentaires possibles : le suivi Ă©ducatif ou psychocorporel
Un mot sur la psychomotricitĂ©, lâart-thĂ©rapie, la danse-thĂ©rapie ou ergothĂ©rapieâŠ
Ces approches aident à réhabiter le corps, à exprimer autrement les émotions, à reconstruire une image corporelle plus juste et plus douce.
Chaque soin nâa pas vocation Ă tout ârĂ©soudreâ : câest lâensemble de ces soutiens, ajustĂ©s au rythme et aux goĂ»ts du jeune, qui permet un vrai rĂ©tablissement.
đ Le podcast de la semaine : Entretien avec le Dr Hugo Agustin Saoudi
Avec Hugo, on parle de la prise en charge concrĂšte : comment sâorganisent les soins, Ă qui sâadresser,⊠mais aussi du rĂŽle des parents, de la place de la fratrie, et de ce quâon peut faire quand lâado refuse dâaller consulter.
On explore ensemble le parcours de soin, les diffĂ©rents traitements: la thĂ©rapie familiale, la place des mĂ©dicaments et les situations oĂč une hospitalisation devient nĂ©cessaire.
Et surtout, on parle dâespoir. Parce que oui, les TCA se soignent. Oui, on peut guĂ©rir. Et oui, les familles font pleinement partie de la solution.
â¶ïž Ă Ă©couter le podcast ici sur votre plateforme prĂ©fĂ©rĂ©e
đ Et pour voir lâĂ©pisode,câest lĂ (sur le chaine Youtube LE COEUR NET)
đ€© TCA : Parlons-en mĂȘme Ă nos jeunes sans trouble alimentaire !!
Vous avez lu les chiffres plus haut ⊠les TCA ont un pic de frĂ©quence Ă lâadolescence.
Nos jeunes peuvent ĂȘtre touchĂ©s ou avoir un proche touchĂ©. Ils doivent pouvoir ĂȘtre alertes pour eux-mĂȘme et les autres.
Ils doivent savoir quâon peut les aider dĂšs la moindre ambiguitĂ© avec lâalimentation âŠ.
Pour ça, comme dâab, le mieux câest toujours dâen parler en amont.
Voici quelques pistes simples, Ă la maison, pour aider les jeunes Ă dĂ©velopper une relation plus apaisĂ©e Ă leur corps et Ă lâalimentationđ
đœïž Les discussions Ă table
On Ă©vite les remarques sur le poids ou sur âce quâil faudrait mangerâ.
On parle plutĂŽt dâĂ©quilibre, de plaisir, dâĂ©coute de soi.
Un repas partagĂ©, sans tension ni jugement, reste un repĂšre de sĂ©curitĂ© pour lâenfant comme pour lâado.
đȘ Le rapport au corps au quotidien
On valorise ce que le corps permet plutĂŽt que ce quâil montre : courir, rire, apprendre, crĂ©er.
On encourage les jeunes Ă bouger pour le plaisir, pas pour âcompenserâ.
Et on montre, nous aussi, une bienveillance corporelle : nos mots dâadultes sur nos propres corps comptent plus quâon ne le croit.
đ§ Poser des limites et un cadre
Des horaires de repas réguliers, des écrans limités, un rythme de vie stable : ces repÚres aident les ados à se sentir contenus et en sécurité.
Le cadre, ce nâest pas de la rigiditĂ© : câest une forme dâamour structurant. Il peut/doit y avoir de la souplesse dans le cadre
đ§ DĂ©velopper les compĂ©tences psychosociales (CPS)
Apprendre Ă exprimer ses Ă©motions, Ă demander de lâaide, Ă gĂ©rer la pression sociale : ces apprentissages protĂšgent durablement la santĂ© mentale.
On peut en parler dĂšs lâenfance, par le jeu, les lectures, ou simplement en partageant nos propres stratĂ©gies dâadulte.
Ecoutez lâĂ©pisode solo sur ce sujet (7min chrono) ici.
Si vous lisez ces lignes, câest que vous ĂȘtes allĂ©(e) au bout de ce dossier bonus sur les troubles des conduites alimentaires. Ce sujet fait peur, bien sĂ»r. Mais câest justement pour ça quâil est si important dâen parler ici, ensemble.
Je suis convaincue quâon fait partie de cette gĂ©nĂ©ration de parents, de soignants, dâĂ©ducateurs - de gens - qui refusent dĂ©sormais de glisser ces sujets sous le tapis.
Et rien que le fait de lire, de sâinformer, dâessayer de comprendre, câest dĂ©jĂ une maniĂšre dâagir.
En Ă©crivant ce dossier, jâai repensĂ© Ă plusieurs de mes patients pour lesquels ma prise en charge seule ne suffisait pas. Il a fallu hospitaliser, impliquer dâautres Ă©quipes, accompagner les familles, parfois aussi la fratrie. Ces situations sont Ă©prouvantes, mais elles rappellent une chose essentielle : personne nâest Ă lâabri, et tout le monde peut ĂȘtre aidĂ©.
Alors si vous ĂȘtes lĂ , Ă vous informer, Ă chercher des repĂšres pour mieux accompagner un ado ou simplement pour comprendre : câest dĂ©jĂ un pas immense. đ Merci
Laure
Votre lecture, vos partages, vos abonnements â câest ce qui fait vivre Le CĆur Net. Merci du fond du cĆur pour ça đ
Câest grĂące Ă vous que lâon peut continuer Ă chercher, lire, vulgariser, Ă©crire, illustrer, et surtout⊠rendre tout ça accessible. Votre soutien est concret : il fait exister un vrai mĂ©dia de prĂ©vention pour les familles, les pros et les ados. đ.
VOUS ET NOUS, ON FORME UNE BELLE ĂQUIPE !!!
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Câest grĂące Ă vous que cette aventure peut durer et grandir đ. Merci !
Le prochain dossier-santĂ© de la newsletter est axĂ© sur le DEPISTAGE ET PRĂVENTION Ă LâADOLESCENCE : CONNAITRE SON CORPS SANS STRESS NI TABOU . Il sort jeudi prochain đ„°
Bibliographie :
Attia et Walsh - 2025 - Eating Disorders A Review
HAS- https://www.has-sante.fr/jcms/c_985715/fr/anorexie-mentale-prise-en-charge
Pour les familles : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2010-09/3ebat_fs_famillepatient_anorexie_2209.pdf
https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2019-09/fs_boulimie_commentenparler_v2.pdf
Si vous vous posez des questions sur votre propre comportement alimentaire :
DSM 5
Ce document PDF sur les TCA




https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2839931
Un DTX qui pourrait ĂȘtre une piste de recherche...